Critique « La loi de la jungle »

La Loi de la jungle d’Antonin Peretjatko (France-2015-1h39)

Marc Châtaigne, éternel stagiaire de l’administration d’Etat au Ministère de la Norme décroche un nouveau stage en Guyane française pour surveiller la mise en œuvre d’un grand chantier : « Guyaneige », piste de ski au beau milieu de la jungle. Il part, sans indication, seul, avec son costume-cravate et son précieux « Code de la Norme ». Le décor est planté.

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Au premier abord, la Guyane est un territoire hostile qu’il va pourtant peu à peu apprendre à dompter avec l’aide de sa charmante collègue stagiaire dénommée Tarzan. Une histoire d’amour peut commencer.

Le film, résolument ancré dans son époque, est un joyeux mélange de comédie, d’aventure, et de fantaisie. Il bouscule les codes, aussi bien ceux du cinéma que ceux de la société et s’amuse de tout avec un plaisir non dissimulé. La mise en scène fourmille de détails et joue avec toutes les possibilités. Gags visuels, comique de répétition, satire, la technique cinématographique est entièrement au service de l’humour. La scène où Châtaigne rencontre le Ministre pour demander un stage est à ce titre emblématique : le montage décalé provoque un fort effet de comique, soulignant l’absurdité de la situation.

Des décideurs en métropole aux expatriés métropolitains, en passant par les guyanais eux-mêmes, tous sont représentés et caricaturés dans leurs habitudes et leurs contradictions. On croise ainsi un guyanais tire-au-flanc, un expatrié arrivé pour se faire une situation dans ce territoire oublié, un autre espérant pouvoir extorquer rapidement le plus d’argent possible aux locaux, de vieux cow-boy venus fuir les lois, un gourou et beaucoup d’autres personnages, presque plus vrais que nature, peuplant cette jungle aussi amicale qu’effrayante. La satire est cependant toujours bienveillante et les personnages principaux, gentils losers finalement moins prisonniers de la norme que les autres, finissent par triompher.

Les personnages de Tarzan et Châtaigne n’ont aucune limite et c’est pour cela qu’on les aime. Ils se sortent de tout (plus par chance et maladresse que par talent), mangent des insectes, conduisent comme des fous avant de tout envoyer balader, incarnant parfaitement les nouveaux (anti-)héros modernes.

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La loi de la jungle mélange les genres et balade un personnage à la Pierre Richard dans un univers kafkaïen. En effet, les absurdités de l’administration et le non-sens d’une recherche de profit à tout prix sont largement moqués, tout comme le modèle de l’entreprise moderne (après le stage, le stage !). Et si son auteur se défend d’avoir voulu faire un film social, le fait qu’il s’inspire des situations absurdes de la société actuelle et qu’il ait placé son histoire en Guyane rend forcément son geste politique. Il interroge ainsi frontalement le rapport de la France avec ses territoires d’outre-mer, posant des questions parfois dérangeantes et pointant du doigt certains paradoxes (déni de colonialisme, manque d’intérêt pour ces territoires…).

Riche en références cinématographiques (de Tati à Godard en passant par les films d’aventure et de Kung-Fu), boosté par une musique délicieusement vieillotte, le film retrouve l’univers de La fille du 14 juillet, premier film du réalisateur qui avait déjà marqué par sa singularité. Un univers est né.

La loi de la jungle est un bijou d’humour et de finesse qui ne laisse pas indifférent et on apprécie le vent de liberté qui souffle sur ce film.

 

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