Pas de sortie en salle lyonnaise pour « Off white lies »

Off white lies sort dans 11 salles dont Paris, Aix en Provence, Toulouse, Strasbourg, Alès, Clermont-Ferrand, Brest, Grenoble, Nantes

Off white lies de Maya Kenig (Israel, 2011, 1h26). Avec Gurth Bentvitch, Elya Inbar, Tzahi Grad, Salit Achimiriam.

Synopsis

Libby débarque à Tel Aviv pour retrouver son père qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. C’est le début de la deuxième guerre du Liban et ils se retrouvent dans un abri anti-bombardement. Afin de trouver un toit, ils se font passer pour des réfugiés du Nord et sont accueillis par une riche famille de Jérusalem.

Critique

Libby n’a que treize ans mais prend déjà l’avion toute seule. Sa mère, dont on ne découvrira le visage qu’à travers de vieilles VHS de famille, semble avoir décidé un beau jour qu’il était temps pour cette adolescente d’aller à la rencontre de Shaul, son père, un jeune quadra immature et sans le sou, resté en Israël. À son arrivée, la deuxième guerre du Liban débute et contraint les deux personnages à se réfugier dans un abri anti-bombardement. Rapidement, Libby comprend que son père n’a pas d’autre toit à lui offrir et que sa situation financière fait de son arrivée une contrainte supplémentaire. À la suite d’un reportage vantant la solidarité des Israéliens prêts à accueillir des familles fuyant le nord du pays en guerre, Shaul suggère à sa fille de se faire passer pour réfugiée et d’élire domicile chez une famille bourgeoise de Jérusalem.

Si le thème des retrouvailles familiales a été maintes fois traité au cinéma, Off White Lies préfère néanmoins emprunter un chemin moins conventionnel. Pour Maya Kenig, il ne s’agit en aucun cas d’articuler son scénario autour de deux figures trop répandues dans le septième art : l’adolescente taciturne qui devra accepter le compromis pour vivre en communauté, le père puéril qui devra endosser de nouvelles responsabilités pour gagner le respect de sa fille. Ici, les stéréotypes – s’ils semblent parfois pointer le bout de leur nez – sont vite désintégrés car le souci de la réalisatrice n’est jamais de faire de cette rencontre filiale le chantre d’un moralisme bien pensant. Il suffit par exemple de voir avec quelle dérision Off White Lies rend compte de la fascination masochiste d’une famille israélienne pour les tirs de roquette dont leurs hôtes auraient été soi-disant victimes pour comprendre qu’aucun modèle de valeurs ne peut s’imposer.

Plutôt que d’associer le destin des deux personnages à celui chaotique de tout peuple, le parti-pris du film est de maintenir en hors-champ le politique pour s’en remettre à la plus complète subjectivité de Libby et de son père. Toujours à juste hauteur, sans âpreté ni condescendance, Maya Kenig colle aux plus près de ses sujets pour restituer sans trop de fioritures une intimité qui sera le seul terrain de l’apprivoisement. Évitant les règlements de comptes ou le symbolisme psychologique, les enjeux scénaristiques reposent surtout sur les petits riens, les bavardages futiles qui mettent subtilement en exergue ce dont on n’ose pas parler. Ce qui a conduit ce père à ne jamais élever sa fille, Off White Liesn’en dira jamais rien de précis car le passé n’existe ici qu’au travers des vieilles VHS qui prouvent une nouvelle fois que la réalisatrice, plutôt que de préférer le flash-back et des astuces formelles, préfèrent encore une fois raconter cette histoire à la manière d’un artisan. Si on perçoit bien une dissonance jamais explicitée à propos des repères et du discours parental sur lesquels Libby s’est construite, c’est davantage dans les interactions entre les « réfugiés » et la famille d’accueil que chacun se dévoile sans fards : on y tente de construire un pont vers l’autre – Shaul vers la maîtresse de maison, Libby vers le fils de cette dernière – essayant de percer le mystère qui l’entoure.

Loin des clichés auxquels certains rebondissements auraient pu prêter le flanc, Maya Kenig mise continuellement sur la riche intériorité de ses personnages et, en prenant le parti de ne pas tout dire, déleste Off White Lies d’un poids trop symbolique. La mise en scène sait être discrète mais n’est jamais dépourvue de personnalité. À l’aide de courtes focales qui donnent parfois une certaine étrangeté à ses gros plans, la réalisatrice restitue une certaine étrangeté du monde qui n’existe que dans l’œil de celui qui le regarde. Si la majeure partie des scènes est tournée caméra à l’épaule, le montage ne se contente pas d’enfiler les plans-séquences mais propose au contraire un découpage parfois heurté – associant par exemple un sentiment de colère aux mouvements du corps. Globalement peu intéressée par la démonstration de force, la réalisatrice israélienne préfère s’en remettre à la petite musique de ses protagonistes. Bien lui en a pris.

(Clément Graminés, Critikart)

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