Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier

Avoir 20 ans dans les Aurès
Réalisé par René Vautier
Avec
Philippe Léotard, Alexandre Arcady, Hamid Djellouli,
Jacques Canselier,  Jean-Michel Ribes,
Alain Scoff, Jean-Jacques Moreau, Michel Elias.
France, 1972, 1h40

 Synopsis

Le 21 avril 1961, dans le massif des Aurès (Sud algérien), un commando de l’armée française formé d’appelés bretons affronte un groupe de l’Armée de libération nationale lors d’une embuscade. Les soldats parviennent à faire prisonnier deux fellaghas, dont une femme, et à trouver refuge dans une grotte.

Noël, un soldat français blessé au cours de l’accrochage, instituteur dans le civil, se rappelle les événements qu’il a vécus avec ses camarades au cours des derniers mois. Leur opposition à la guerre en Algérie les a conduits dans un camp réservé aux insoumis.

Il se remémore la façon dont leur chef a su les transformer, de jeunes Bretons antimilitaristes qu’ils étaient, en redoutables chasseurs de fellaghas, prêts à tuer et y prenant goût. Tous se sont mis à piller, tuer et violer.

Une plongée dans les contradictions de la guerre d’Algérie autant que dans celles de l’âme humaine.

Un film témoignage difficile à réaliser

Construit comme un documentaire, le film est fondé sur l’expérience du réalisateur et sur de nombreux témoignages recueillis auprès d’anciens appelés d’Algérie. Pendant des années, au cours des trajets en train entre Quimper et Paris,  René Vautier a interrogé environ six cents français appelés et rappelés. Au total, ce sont huit cents heures de témoignages sur cassette audio qui ont été enregistrées. Ces témoignages sont la base de Avoir 20 ans dans les Aurès, ce qui justifie la précision donnée dans le film : « La véracité de chaque épisode relaté peut être confirmée devant un tribunal par un minimum de 5 témoins« .

René Vautier  a eu de grandes difficultés pour le réaliser. Ce n’est qu’en 1971 qu’il a pu le mener à bien et il n’obtint le visa de diffusion qu’après une grève de la faim.

Les  dialogues n’étaient pas préparés à l’avance

Le film présentait un scénario sommaire, mais pas de dialogues préparés à l’avance. Pendant le tournage, chaque acteur doit vivre son personnage. Les acteurs sont simplement mis en situation avant chaque scène par le réalisateur, et jouent selon leurs intuitions, comme si c’était vrai. La caméra sert de témoin, comme dans les précédents films de  René Vautier  qui étaient des documentaires.  Avoir 20 ans dans les Aurès est donc une fiction retraçant la vie d’un commando de chasse de l’armée française dans le maquis algérien, et un documentaire sur l’interprétation de leur rôle par des jeunes, mis en situation par des témoignages, dix ans après la guerre.

Via un récit scandé par des Chansons disant l’ignominie du combat (« fous pas / ton pied dans  cette merde / c’est une vraie histoire de fous »), René Vautier démontre le mécanisme effrayant par lequel tout pacifiste peut se transformer en machine à tuer, happé par la violence de la guerre.  René Vautier nous montre que la résistance généreuse mais individuelle de Noël n’aboutit qu’à un échec, mis en lumière par le lieutenant qui en profite pour augmenter sa pression sur ses hommes.

 « Voiler ce qui s’est fait pendant la Guerre d’Algérie, c’était porter sur l’ensemble des gens qui ont participé à cette guerre le soupçon d’avoir été tortionnaires. Ce qui m’a toujours attristé, c’est de voir à quel point les gens d’image acceptaient le silence. »  René Vautierau sujet d’Avoir 20 dans les Aurès, dans l’Humanité en 2001

 Un film censuré mais consacré à Cannes

Avoir 20 ans dans les Aurès, film de fiction réalisé sur la base de témoignages d’appelés, est l’un des seuls à avoir mis en exergue les contradictions de l’armée française durant la guerre d’Algérie, et notamment la torture qui y sévit. Il s’intéresse spécifiquement à des appelés bretons qui allaient peu à peu être confrontés aux horreurs du conflit et devenir des machines à tuer. Oeuvre militante,  Avoir 20 ans dans les Aurès fut censurée par les autorités de l’époque.

Globalement, les critiques sont bonnes à la sortie du film. Beaucoup louent le courage de Vautier d’avoir mener à bien ce film sur un sujet difficile et sensible.

Cependant, toutes les critiques ne sont pas positives. Ainsi, Henri Chapier cherche à dévaluer le film : « Tel qu’il se déroule, ce récit d’un commando de chasse, malgré lui, ne tient pas debout… Ceux qui prétendent avoir reconnu dans le film les images du passé doivent faire partie de ces prophètes de gauche après l’orage dont on se demande où ils étaient lorsqu’il s’est agi de filmer sur le vif. »

 Un film polémique 25 ans après sa sortie

Le 10 novembre 1997, le film est de nouveau victime d’une polémique qui rappelle la vision « incorrecte » de la guerre d’Algérie et de l’état des rappelés du contingent, avec surtout une apologie de la désertion, alors même que Vauthier démontre que la désertion est une impasse.

En cette année 1997, le film est programmé à Tourcoing dans le cadre du Festival Différence organisé pour l’Année européenne contre le racisme. Il est alors la cible du Front National (rappelons que René Vautier avait apporté des témoignages sur les actes de torture de Jean-Marie Le Pen pendant cette guerre, lors du procès du leader du Front National contre Le Canard enchaîné et Libération pour diffamation). Un ancien député RPR a alors surenchéri en parlant de « provocation et de trahison nationale » à propos de ce film « ordurier » à l’égard des soldats français en Algérie, qu’il montre « violeurs et traîtres ». Bref, conclut-il, c’est un film « tout à fait engagé gauchiste » et ne disant nullement la vérité ». De son côté, le maire socialiste de Tourcoing a refusé d’interdire, réaffirmant sa confiance auprès du personnel culturel.

Vous trouverez plus d’information sur le film ainsi qu’un entretien avec René Vautier ici

 

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